Mardi 6 février 2007 2 06 /02 /2007 23:10

Bus Novi Pazar- Mitrovica Sud. Je ne sais pas si le chauffeur du bus qui boit à grandes goulées dans une bouteille de vodka un liquide de couleur blanche suit les recommendations de la sécurité routière à la lettre. Tant pis ! C’est une jolie route à parcourir, même si elle mène vers l’enfer où je finirai bien un jour par atterrir à force de jouer avec le feu. Je suis dans un bus multi-éthnique, on parle albanais deux fauteuils plus loin, serbe devant moi. Des fleurs en plastiques rouge crasse égaient le pare-brise. Tentative bucolique dans ce teuf teuf qui pue la clope. Nous allons un peu plus vite que la carriole à chevaux que nous venons de dépasser triomphalement. C’est une consolation.

 

Je devrais aller plus souvent à Novi Pazar. Pour l’amitié et la sensation de « home sweet home » d’abord. Et puis, parce qu’il se passe toujours quelque chose. Aujourd’hui, il y avait de l’eau au robinet. Si, si, de l’eau qui coulait sans interruption. La nuit ET le jour. Tous les jours et toutes les nuits. St Thomas en pyjama, je me suis levée trois fois dans la nuit pour vérifier. On tourne, ça coule, on ferme, ça goutte. La transition démocratique au bout du tuyau. C’est un signe qui ne trompe pas. Parce qu’en plus, l’eau pouvait être chaude. Donc, il y avait aussi de l’électricité. Cela fait quatre ans que je connais mes amis qui vivent dans le centre de Pazar et c’est la première fois, qu’il y a de l’eau dans l’appartement. Remisés bassines, jerricans, bouteilles. Voilà, comment la vie est transformée.

 

Plus bruyant, une bombe a explosé dans une maison la nuit où j’ai dormi à Pazar. Je suis innocente, j’étais bien trop occupée à jouer avec le robinet. La dernière détonation s’est produite il y a moins de deux semaines : mafia, règlement de comptes, politique, Allah reconnaîtra les siens. Le ou les criminels ne turbinent que le week end. Entre la pêche à la ligne, le scrabble, il ou elle a choisi l’explosif comme passe-temps. Enfin, S., 20 ans, est devenue une jeune femme intelligente et curieuse. Le dernier livre de Marko Vidojkovic, un auteur belgradois punk et péchu, traîne sur son lit. Un badge de Che Guevara orne sa besace et ce qui m’a fait le plus plaisir, en dessous, un badge de Lila Gerila. La Guerilla mauve est un mouvement féministe serbe pour encourager les femmes à voter. Pour une jeune fille musulmane de Novi Pazar, c’est faire preuve de beaucoup de courage et d’affirmation de soi. Du coup, je débarque de mon bus devant le cimetière serbe de Mitrovica, fiévreuse et frigorifiée, mais avec le sourire aux lèvres. Même les tombes défoncées et les herbes folles qui recouvrent les sépultures n’entament pas mon moral, lesté de burek. Carpe diem. Il y a trop de malheur par ici pour boycotter les petits plaisirs de l’existence.

 

Par Paprika - Publié dans : Chroniques de Novi Pazar
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