"Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations", Nicolas Bouvier
"Les Balkans, c'est un peu comme les Antilles, quand on y a mis les pieds, on ne veut plus jamais repartir" Pierre Bénazet
3 mars 2003,
Les faubourgs de la ville sont perchés sur les collines dans une vraie campagne avec poules sur la route, bœufs et chevaux tractant les charrettes et meules de foin élevées à la main. Surplombant le quartier serbe, une église orthodoxe veille sur un vieux cimetière. Les fresques, abîmées, sont si fines qu’elles rappellent Giotto. Les flammes des bougies vacillent dans le froid. Une grande paix se dégage de ce lieu. Une baka (grand-mère) en est la gardienne bienveillante et porte avec respect, une clé centenaire, baguette de fée gigantesque. Plus loin, à quelques kilomètres, perdu dans la montagne, un vieux monastère vient d’être rénové par l’Unesco. Sept moines, jeunes pour la plupart, en assurent la garde. Dans un mauvais anglais, ils nous demandent d’où nous venons et nous proposent du café. La nature est belle à en couper le souffle. C’est la fonte des neiges et les versants se déclinent en blanc ou en ocre selon leur exposition. En bas, la rivière, Rachka se faufile dans la vallée. Ses rives sont défigurées par des tonnes de déchets en plastique, carcasse de voitures, etc. Un cauchemar d’écologiste. Des décharges sauvages parsèment la campagne et la propreté des rues de la ville n’est pas une priorité.
Cinq heures. Le chant des muezzins remplit l’air du soir. Nous sommes à 80% en terre musulmane. Des musulmans européens qui revendiquent l’appellation de Bochniaques. Ils co-existent avec les Serbes orthodoxes mais ne vivent pas ensemble. Les Bochniaques contrôlent le commerce et vivent mieux qu’un Serbe moyen. Les prix sont plus élevés qu’à Belgrade sans que pourtant, ne perce ce sentiment de gêne matérielle, omniprésent dans la capitale. Les quartiers serbes sont parmi les plus pauvres de la ville, le bidonville étant, bien sûr, réservé aux tsiganes. Les Serbes tiennent leur revanche grâce aux policiers à 60% serbe. Le moindre poteau ou arbuste dissimule un flic en embuscade qui vous arrête pour le motif que votre tête ne lui revient pas. Pour preuve, en trois jours à Novi Pazar, nous nous sommes fait arrêter cinq fois. « Francuska ambassada » : Ah, la déception dans le regard du flic qui brillait à la perspective de nous racketter de quelques euros.
Située dans le faubourg serbe, notre maison appartient à un hadj aux longues moustaches (musulman qui a fait un pèlerinage à la Mecque accomplissant ainsi l’une des 5 obligations de sa foi). C’est une maison de deux niveaux à flanc de colline à 4km du centre ville, avec vue sur la montagne. Le hic, c’est que le hadj n’a plus de dinars pour finir sa maison : la dalle de béton est nue et il n’y a ni chauffage, ni évier, ni baignoire, ni téléphone. Il en demande 200 euros par mois. Un rapide conciliabule avec Isko à faire les calculs : équiper la maison plus le loyer, nous reviendra à 350 euros par mois sur 10 mois. C’est inespéré pour Novi Pazar où les prix ont grimpé en flèche depuis la guerre du Kossovo qui a amené un flux de réfugiés. Les filles ont déjà les mains pleines de terre à jouer dans le jardin. Nous serons éloigné de la ville où la surveillance du voisinage aurait été pesante, nous sommes à proximité des sentiers à champignons et il y a de la place pour les amis
De retour à Belgrade, le printemps avait profité de notre excursion pour faire ses premiers pas. Une foule inhabituelle déambulait dans la rue piétonne sur nos fenêtres et preuve indiscutable de la fin de l’hiver, les Belgradois paressaient à la terrasse des cafés. Mieux encore, les vendeurs de bonnets et de gants ont disparu pour faire place au stand de crème glacée. Signe moins contestable que les hirondelles.
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