"Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations", Nicolas Bouvier
"Les Balkans, c'est un peu comme les Antilles, quand on y a mis les pieds, on ne veut plus jamais repartir" Pierre Bénazet
3 mars 2003 , Nouveau western
Un mois à Belgrade et toujours pas de voiture. Elle serait sur un camion croate en direction de Belgrade où les douaniers sont en grève. D. multiplie les entretiens pour mieux comprendre Novi Pazar. Les échos qu’il en a ne sont pas encourageants. Ses interlocuteurs sont pessimistes et s’attendent à un nouveau conflit en sud Serbie qui pourrait raviver les tensions, déjà bien présentes, dans le Sandjak. Nous devenons impatients de nous rendre compte du climat sur place. Une amie nous a prêté une Lada 4x4 immatriculée 75 et nous voilà partis. Les routes en Serbie existent et c’est leur qualité principale. Le 4x4 se révèle un choix judicieux, voire très utile alors qu’un autobus nous double dans l’épingle à cheveux d’une route de montagne. 274km en six heures. Pierre B. avait raison : « une Lada, c’est bien. Une voiture, c’est mieux ». Au fur et à mesure, le paysage se fait plus montagneux, plus sauvage, avec disséminées ça et là quelques maisons comme égarées. Un piéton surgit de la montagne et nous suit longtemps du regard. Des stèles funéraires fleuries de bouquets en plastique gris de poussière jalonnent la route, bornes kilométriques de destins trop courts. Un portrait réaliste du défunt souriant supplie les automobilistes d’être prudents. En vain.
Nous sommes arrivés de nuit à Novi Pazar, longeant les fabriques de jeans, sous un ciel étoilé. L’appartement que nous a trouvé Isko est correct : deux pièces, cuisine, sdb, au troisième étage d’un espèce d’HLM avec vue sur la cheminée du chauffage collectif et les balcons des voisins. Comme tout appartement qui se respecte ici, il y a du parquet partout et un balcon fermé par des vitres. La fatigue du voyage, la déception de cet appartement trop petit pour contenir nos 5m3 de déménagement, la mauvaise humeur de notre fille aînée : un coup de déprime s’abat sur nous et c’est le cœur lourd que nous allons nous coucher, par terre car le canapé-lit nous scie, déjà, les reins.
Au réveil, le moral est un peu plus haut. Nous filons à la télé locale passer une petite annonce pour une maison avec jardin. Novi Pazar est une ville moche, pleine de maisons en parpaing, qui se construisent au fur et à mesure des rentrées d’argent, elles sont donc en état de perpétuel inachèvement. Quelques ruines d’anciennes maisons ottomanes et la finesse des mosquées rappellent que Novi Pazar fut l’étape obligée de la route Dubrovnik-Stamboul. Aujourd’hui, les camions ont pris le relais des caravanes puisque la moitié des poids lourds de Serbie est immatriculée à ici. Moins de bimbeloteries plus de gaz d’échappements. C’est le progrès.
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