"Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations", Nicolas Bouvier
"Les Balkans, c'est un peu comme les Antilles, quand on y a mis les pieds, on ne veut plus jamais repartir" Pierre Bénazet
A chaque fois que je croise Tim Judah, mon confrère de The Economist, la première question que nous nous posons est invariablement «How are the kids ?». Tim et Rosie, son épouse, sont les heureux géniteurs de cinq enfants, moi de trois. Et croyez-le ou non, c’est notre première préoccupation bien avant les premiers mois de Eulex ou des élections de l’an prochain au Monténégro.
Etre mère, femme et journaliste est souvent rock’n roll. L’arrestation de Radovan Karadzic est ainsi tombée au plus mal en juillet dernier. Treize ans qu’on attendait et il faut que ça arrive la semaine où mon trio (19 ans tous ensemble) est en vacances dans mon appartement de 50 mètres carrés et les baby-sitters toutes à se bronzer sur la côte monténégrine. En plus, il pleurait sans interruption de ces lourdes pluies belgradoises qui noient plus qu’elles ne mouillent.
Mais Dieu est grand, la nouvelle a été rendu publique à 23h30 quand les enfants rêvent. Juste le temps d’écrire les papiers, neutraliser les miaulements de Treize, la chatte, avec des croquettes, anticiper un éventuel pipi nocturne du fiston et d’enregistrer les matinales de la BBC.
Trois heures de sommeil plus tard, on chasse les dessins animés pour les news. Toujours cinq clients (magazines, radio et quotidiens) à contenter et trois loulous affamés. De deadline en deadline, ma fille ainée, 9 ans, m’assure la traduction simultanée de la conférence de presse du Ministre. Pause déjeuner et bénédiction urbi et orbi de l’inventeur des coquillettes. L’après-midi continue sur le même rythme fou, le clavier maltraité par une écriture quasi-automatique. Complètement sous adrénaline, je prépare même un gâteau au chocolat tandis que Barbie princesse avec sa tiare dorée roucoule d’une voix fluette qu’elle va attraper Karadzic et que les Playmobils réchignent à partir au Kosovo !
Si cette semaine fut exceptionnelle, combien de fois, ai-je écrit
une analyse politique (fine, bien sûr) avec un bruit de fond plus ou moins strident ou relu mes phrases tout en m’escrimant à enfiler une veste de 3cm à une Pollypocket. Acquiescé à 15h à un
deadline à 18h sachant qu’avant, il faudrait dare-dare récupérer les enfants à l’école et au jardin d’enfant, acheter le goûter et écrire le papier du siècle. Ou téléphoné à une source sur
le lit superposé des petits tout en réparant une petite voiture, des cris de cochon qu’on égorge surgissant de l’autre pièce.
Le prochain qui me susurre que le journalisme est un métier glamour, je lui pète la gueule…
Je ne saurais trop conseiller la lecture de «Are we there yet ? » de Rosie Whitehouse qui explique ce que c’est d’avoir pour mari ou pour père un grand reporter. Les tribulations de la famille Judah-Whitehouse, entre poussette et direct live, dans une Yougoslavie en décomposition méritent le détour.
http://www.amazon.fr/Are-We-There-Yet-Frontline/dp/0955572908/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=english-books&qid=1229794999&sr=8-1| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||