"Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations", Nicolas Bouvier
"Les Balkans, c'est un peu comme les Antilles, quand on y a mis les pieds, on ne veut plus jamais repartir" Pierre Bénazet
Il y a deux jours, j’ai enfin compris l’acronyme de la JAT (Jugoslav Airlines Transport). Déjà, la Yougoslavie n’existant plus depuis belle lurette, on peut avoir des doutes sur une compagnie nationale d’un pays fantôme. La JAT offre cependant le rare service de savoir à l’avance que le sandwich sera immangeable et qu’il est nécessaire de prévoir un paquet de gâteaux dans son sac pour éviter le creux des 10 000 mètres. Pourtant, bon an, mal an, je vole JAT avec l’impression de sortir tout droit de «Martine prend l’avion ».
Mais mardi, j’ai voyagé dans un Fokker de la Monténégro Airlines (si ça existe). Vol impeccable de 45mn vers Podgorica, capitale du Monténégro, indépendant depuis le 3 juin 2006. Le retour se complique forcément car je prends la JAT qui brusquement annonce aux passagers qui poireautaient gentiment que l’avion est supprimé. Raison officielle quoique obscure : météo. Euh oui, mais qui, que, quoi … Ben, c’est la JAT, donc rien. Transport jusqu’au centre ville ? Non. Hôtel payé par la compagnie ? Non. Un cerbère à la chemise en pur synthétique nous expédie avec une vague attestation que le vol a été supprimé tandis qu’une charmante jeune personne trop maquillée déchire en souriant devant nos mines désolés nos tickets d’embarquement en tous petits, petits morceaux.
Après une nuit rocambolesque (reconnaisance à Tim et Sacha pour leur aide) dans un hôtel classé 3 étoiles dans le Guide Bleu 1959, je quitte Titograd, pardon Podgorica, dès potron minet pour l’aéroport.
Six ans bientôt de Balkans m’ont appris à ne jamais, mais alors ne jamais croire un employé d’une entreprise publique quand il certifie qu’il y aura un avion, un train, l’électricité, le chauffage ou l’eau le lendemain.
Effectivement, le type du comptoir de la JAT tapote sur son ordinateur, contemple longuement son écran et me sort laconiquement que « ne moze » (Ca peut pas). Selon son logiciel, je suis arrivée hier soir à Belgrade alors que je suis devant son nez, à six heures du mat’, à Podgorica. D’ailleurs, il n’y a pas d’avion. Que faire ? Le type lève les bras et les yeux au ciel. Je préfèrais y voir un Fokker.
A force de menaces, de gémissements, de photos de mes pauv’ enfants exhibées et l’arrachage de la moitié de ma chevelure, il a fait l’impossible : me transférer sur la compagnie rivale, Montenegro Airlines qui décollait une demi-heure plus tard…
Conclusion :
JAT : Jamais A Temps ou Just About Time ou Jebiga Ako Treba…
Et le meilleur de la JAT, ses publicités :
http://www.youtube.com/watch?v=SBNG1fAcQsA&NR=1
http://www.youtube.com/watch?v=IlZ64-vmJYg&NR=1
Ljub spécial à S. au joli sourire qui m’a encouragé à reprendre ces chroniques…
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