Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /2008 13:34
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle… et ben, camarade, faut aller à la Convention des Radicaux, histoire de toucher le fond et de soigner le mal par le mal. Le pire est possible. Si, si. Donc hier, je suis partie soigner mon spleen hivernal et conjoncturel à la Beogradska Arena au milieu de 20000 selon toute vraisemblance, 30000 selon toute propagande, Radicaux. Hasard du calendrier bien sûr, c’est l’anniversaire de la mort d’Arkan.
Le Parti Radical a été fondé par Vojislav Seselj. Je n’en dis pas plus. J’ai déjà écrit sur le gars. Son poulain, qui ressemble plutôt à un boeuf d’ailleurs, s’appelle Tomislav «Tomo » Nikolic et brigue la présidence. Les derniers sondages le place devant le président sortant, Boris Tadic.
Faut reconnaître quelque chose aux Radicaux : ils n’ont jamais eu le pouvoir mais ils savent organiser le transport des troupes. Une noria de bus du plus moderne (Novi Sad) au plus brinquebalant (Uzice) étaient parqués à Novi Beograd déversant la Serbie d’en bas. Des grands drapeaux tchetniks claquent au vent. On vend des souvenirs morbides, des Cds de chansons pas paillardes malheureusement mais patriotes et des hot dogs.
Bon, comme je suis une journaliste professionnelle (j’ai une carte qui le prouve) tendance grande gueule, je me suis faite escorter par deux collègues qui devaient me servir de gardes du corps le cas échéant. Nous voilà donc passant le contrôle de sécurité, tenu par des gorilles déguisés en schtroumph, pour tomber dans une salle pleine à craquer.
Beaucoup de chapeaux chez les Radicaux. On doit craindre l’inflammation du cerveau. Des casquettes d’officiers des guerres 1, 2, 3, 4…, des calots traditionnels serbes, des casquettes américaines bleu Nations Unies, euh non, bleu radical, des chapeaux de vacher,des cheveux blond platine. Et puis des badges exigeant la libération de Seselj, ci-devant retenu à la Haye, des drapeaux «La liberté ou la mort », des drapeaux oranges ( ?), des drapeaux bleus, des drapeaux serbes, des drapeaux noirs.
Je n’ai pas vu la tête de Slobo, ni celle de Ratko, ni celle à Toto.
La tonalité de la salle est disons : «ambiance poutres », voire rustique. Pas mal de jeunes urbains cependant, notamment dans le service d’ordre baptisé pompeusement « protocole ». Mon voisin a la tronche de Nikolic sur son téléphone ce qui me laisse dubitative : peut pas avoir une bonne femme à poil comme tout bon balkanique ? Il est peut-être gay. L’autre qui me dépasse de six têtes a une tête de mort sur le blouson et veut m’écraser pour s’y mettre. Moi, réjouie, je lui piétine les orteils. Mes gardes du corps affichent déjà un regard las.
Pour chauffer la salle, on a le droit à une série de chanteurs plus beuglards les uns que les autres. Turbo folk à fond les manettes et à fond les décibels. Un bus de 20 000 passagers. On voit que l’on attend d’eux des voix et pas des oreilles. Je dois avouer qu’après une pareille torture, on est prêt à voter radical même sans droit de vote.
Après une lente, si lente demi-heure d’interviews de gens qui disent comment Nikolic c’est le plus beau, c’est le plus fort, la foule s’impatiente et réclame son héros : « Tomo ! Tomo ! »
Ca y est. Le voilà ! C’est la liesse ! Un immense drapeau serbe orthodoxe de 100 mètres de long ondule dans la salle. Puis après l’hymne national serbe, vient le temps des discours interminables genre 4692ème congrès du parti communiste.
Je vais donc résumer : « les méchants sont des méchants parce qu’on est les gentils. Nous seuls sommes le cœur de la Serbie, les autres, c’est que des voleurs et des menteurs sans coeur. Heureusement la Serbie a des amis comme Vladimir Poutine pour lutter contre le totalitarisme américain.» Un colonel français inconnu à moustaches y va même de son couplet que « Tomo c’est ce qui faut ». Misère… Tomislav Nikolic, lui, est concentré : a-t-il bien éteint la plaque électrique en sortant de chez lui ?
A la tribune, stoïque et debout, la garde rapprochée du Parti ne verse même pas une larme quand une donzelle en costume folklorique chante l’émouvant «Tamo Daleko », la complainte de l’exode du soldat serbe de la guerre 14-18. En fait, tout le monde s’en fout et veut écouter la mascotte de la campagne radicale : Marija Serifovic, la gagnante du concours Eurovision de la chanson 2007. Il y a fallu attendre longtemps mais enfin, le spectacle était gratuit.
Nikolic pourrait remporter l’élection : il a réussi à empêcher 20 000 Serbes de fumer pendant plus de deux heures. Si ça, c’est pas l’étoffe d’un président…
Par Paprika - Publié dans : Chroniques de Belgrade
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Janvier 2010
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus