Lundi 11 septembre 2006

3 mars 2003 , Nouveau western

 

 

 

Un mois à Belgrade et toujours pas de voiture. Elle serait sur un camion croate en direction de Belgrade où les douaniers sont en grève. D. multiplie les entretiens pour mieux comprendre Novi Pazar. Les échos qu’il en a ne sont pas encourageants. Ses interlocuteurs sont pessimistes et s’attendent à un nouveau conflit en sud Serbie qui pourrait raviver les tensions, déjà bien présentes, dans le Sandjak. Nous devenons impatients de nous rendre compte du climat sur place. Une amie nous a prêté une Lada 4x4 immatriculée 75 et nous voilà partis. Les routes en Serbie existent et c’est leur qualité principale. Le 4x4 se révèle un choix judicieux, voire très utile alors qu’un autobus nous double dans l’épingle à cheveux d’une route de montagne. 274km en six heures. Pierre B. avait  raison : « une Lada, c’est bien. Une voiture, c’est mieux ». Au fur et à mesure, le paysage se fait plus montagneux, plus sauvage, avec disséminées ça et là quelques maisons comme égarées. Un piéton surgit de la montagne et nous suit longtemps du regard. Des stèles funéraires fleuries de bouquets en plastique gris de poussière jalonnent la route, bornes kilométriques de destins trop courts. Un portrait réaliste du défunt souriant supplie les automobilistes d’être prudents. En vain.

 

Nous sommes arrivés de nuit à Novi Pazar, longeant les fabriques de jeans, sous un ciel étoilé. L’appartement que nous a trouvé Isko est correct : deux pièces, cuisine, sdb, au troisième étage d’un espèce d’HLM avec vue sur la cheminée du chauffage collectif et les balcons des voisins. Comme tout appartement qui se respecte ici, il y a du parquet partout et un balcon fermé par des vitres. La fatigue du voyage, la déception de cet appartement trop petit pour contenir nos 5m3 de déménagement, la mauvaise humeur de notre fille aînée : un coup de déprime s’abat sur nous et c’est le cœur lourd que nous allons nous coucher, par terre car le canapé-lit nous scie, déjà, les reins.

 

Au réveil, le moral est un peu plus haut. Nous filons à la télé locale passer une petite annonce pour une maison avec jardin. Novi Pazar est une ville moche, pleine de maisons en parpaing, qui se construisent au fur et à mesure des rentrées d’argent, elles sont donc en état de perpétuel inachèvement. Quelques ruines d’anciennes maisons ottomanes et la finesse des mosquées rappellent que Novi Pazar fut l’étape obligée de la route Dubrovnik-Stamboul. Aujourd’hui, les camions ont pris le relais des caravanes puisque la moitié des poids lourds de Serbie est immatriculée à ici. Moins de bimbeloteries plus de gaz d’échappements. C’est le progrès.

 

Par Paprika - Publié dans : Chroniques de Novi Pazar
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Dimanche 10 septembre 2006

Il y a trois ans et demi, le 1er février 2006, enchantée de quitter Paris et sa banlieue, je débarquais en Yougoslavie avec un oeil neuf, , un mari, deux petites filles de 4 ans et de 15 mois et un Assimil serbo-croate,. Le père de mes enfants avait eu le bon goût de se dégoter un job à Novi Pazar, au service de la France. D’un simple point sur la carte, situé vaguement entre la Bosnie, le Kossovo et le Monténégro, cette ville, fief de la minorité musulmane serbe, est devenue rapidement « chez nous ». Envoyées à la sauvette de cafés internet surpeuplée et enfumés –un internaute, 20 mégots-, ces chroniques sont des simples lettres adressées à nos familles et amis, un peu inquiets de nous voir s’installer dans un pays où le premier ministre, Zoran Dindinc (Djindjintch) venait d’être abattu en pleine rue. Ce sont, en fait, les récits un peu naïfs d’une balkanophile balbutiante, mère au foyer convaincue qui pourtant, à Prima préfère la lecture de Primo Levi. Journaliste repentie et en liberté très provisoire, j’ai essayé de donner des couleurs aux clichés d’un pays exsangue qui m’a, irrémédiablement, ouvert le cœur. Fin de cet aparté un peu personnel. En route !

 

Par Paprika - Publié dans : Chroniques de Novi Pazar
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Samedi 9 septembre 2006

Cinq heures de bus entre Dubrovnik et Split. Un paysage beau à pleurer. Des parfums de salami et de biscuits salés. L’œuf dur, cosmonaute habillé d’aluminium, resquille dans le panier des vieilles. Cinq longues, très longues heures de turbo folk, musique populaire balkanique portée sur la scie et le trémolo.  On devine une vague inspiration turque : le cri du supplicié pendant le pal peut-être, interprété certainement par son bourreau. Et me voilà Ulysse,  enchaîné à un rocher devant la côte Almafitaine, qui se voit infliger « Capri, c’est fini », braillé par Hervé Villardovitch. Faute de cire (faut-il être imprévoyante !) je rive les yeux à la fenêtre pour tenter d’anésthésier mes oreilles délicates et me voilà prise d’une transe hallucinée et créatrice. Bref, moi qui n’ai aucun talent pour la poésie, je me surprends à écrire :

 

 

 

La mer, ruban bleu pailleté,

 

Gansé de pins et de galets.

 

Ourlet décousu et inégal des criques,

 

Scintillement des îles, émeraude, ivoire, perles !

 

Passementeries à l’horizon, surpiquées.

 

Etoffe chatoyante aux fibres naturelles

 

Qui, légère, se déroule sur l’âme

 

Pour mieux la dénuder.

 

 

 

Promis, la prochaine fois, je prends le ferry ou j’y vais à pied.

 

Par Paprika - Publié dans : Ma Croatie
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Vendredi 8 septembre 2006

Accès : aéroport de Catvat (18km)

 

Par bateau : de Bari, ou d’Ancône, plus les liaisons locales et bon marché de la Jadrolinija

 

www.jadrolinija.hr

 

Par bus : de Bosnie ou de Split, mais aussi certaines villes européennes du Nord.

 

 

Logement :

 

On se fait très vite aborder par des mamies ou des papies qui proposent des chambres à louer (sobe) aux abords du port de ferry et de la gare ferroviaire. Plus la chambre est proche du centre, plus elle est chère. Compter environ 60 euros pour deux personnes près de la vieille ville, 30 euros dans les autres quartiers.

 

Néammoins, Dubrovnik est une petite ville et les distances sont franchies en moins de 10 mn par autobus. Penser cependant à acheter les tickets à l’avance dans les guichets (il y en un par exemple face à l’arrêt de bus de Pile). Un ticket coûte 8 kuna au guichet contre 10 dans l’autobus.

 

Je recommande les chambres des Vidovic dans le quartier de Gruz pour leur accueil et leur gentillesse www.ivanavidovic.com.

Les chambres sont très correctes, avec terrasse sous la tonnelle de vigne et vue sur la mer. La maison est située dans une charmante sente en escalier qui descend tout droit dans le marché de Gruz et la marina. Les bus 1A, 1B et 3 déservent le centre ville.

 

 

 

Dobar tek ! Bon appétit !

Dubrovnik n’est pas une ville bon marché par rapport au reste de la Croatie. Par exemple : une glace côute 7 kuna contre 5 sur l’île de Hvar et 4 à Split… Pour les économes, la meilleure solution est de cuisiner dans la chambre et de se fournir dans les supermarchés (Tomy, Kerum, Konzum) et les marchés (vieille ville et Gruz). Au rayon charcuterie, on vous fait un sandwich géant pour 12 kuna. Pour les extras, le restaurant Poklisar, juste sur la riva du port de la vieille ville propose un très bon rapport qualité-prix. L’atmosphère piano-bar, bougies, mer et VIP est très agréable le soir. Surtout si vous aimez Franck Sinatra…

 

 

 

Souvenirs :

 

Fouille ! (Beurk en croate). Au royaume du kitsch, les souvenirs de Dubrovnik sont légion. Opter éventuellement pour un tee-shirt, ça peut toujours servir, même à faire les poussières. Pour le reste, abstenez-vous.
Si vous voyagez à la mi-saison, vous pouvez achetez des chocolats Bayadere chez Kras sur le Sradun, c’est un must croate. Attention, cependant, à la fonte de chocolat dans les bagages…

Dialecte

Le dialecte de Dubrovnik est truffé d'expressions italiennes. En revanche, vos interlocuteurs vous surprendront sans doute en ponctuant leurs discours de "Yes", très british.  Pas de coquetterie internationale ici mais du pur dialecte qui remplace le "Da" (oui) officiel.  Moi, qui me frotte au dialecte de Hvar, je me contente de "Yeah" appuyés, genre Beatles méditerranéens. Et du coup sonne touriste...

Par Paprika - Publié dans : Ma Croatie
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Jeudi 7 septembre 2006

Dubrovnik : cité éclat, parure de toits roses protégés par de hautes murailles, ouverte et fermée à la fois. Ville trop belle pour être vraie mais pourtant authentique et émouvante. Voyage dans le temps à travers les ruelles étroites. Dalles lisses et douces, caressantes, qui ronronnent presque sous les pas pressés et piaillant des touristes. Cité mystérieuse, fière et mondaine.

 

Et l’Adriatique, fidèle, qui effleure les remparts, de ses vagues pressantes, invitant la ville à une discrète danse érotique. Mais le massif du Srd veille au grain et surveille patriarcalement les regards langoureux de la ville vers le large. Le flirt se limite à des attouchements salés.

 

 

 

Dubrovnik renferme son cœur dans sa vieille ville qui sent le sel et les embruns. Elle accueille, bonne fille, les touristes vulgaires par la porte du Pile et les célébrités, trop tannées dans leurs habits de lin blanc, par le vieux port. Mais à chacun de passer sous un porche et inconsciemment de baisser la tête, humbles, devant le passé glorieux de Raguse.
Passé la Porte du Pile, devant la grande fontaine ronde du XV ème siècle, les enfants vifs et orgueilleux, se jettent à toute vitesse sur le mur de l’église des Franciscains, sautent sur une pierre sculptée et embrassent la muraille de leurs bras étendus. Il leur faut ensuite pour conjurer le sort, enlever adroitement leur chemise sans perdre l’équilibre. Des adultes, moqueurs, tentent d’égaler l’habilité des petits petons. En vain. Ils se précipitent vers la muraille et vers le ridicule. Gauches, incapable de s’élever à 20cm du sol, ils étouffent alors sous des ricanements rageurs, leur nostalgie de Peter Pan.

 

Dubrovnik avec ses églises, menues et précieuses, catholiques et orthodoxe, sa mosquée et sa synagogue. Signe d’un temps où la diversité était encore une richesse. Les monastères des frères ennemis du catholicisme, Saint Dominique et Saint François, abritent chacun un cloître enchanteur, vestibule du paradis. Qu’il fait bon y attendre Saint Pierre, heureusement en retard, pour mieux retourner dans le bruit du monde.

 

 

 

Déambuler ensuite dans le Stradun, large avenue pavée et colonne vertébrale de la vieille ville. Le nez en l’air tandis que l’œil est tenté par mille sollicitations : la relève de la garde, chamarrée de noir et de pourpre, grands garçons jouant à se costumer sous pretexte d’édifier le touriste. Corniches sculptées, pierres gravées, fenêtres dentellées encadrées de volets verts dalmates. Et un ciel bleu à damner. Difficile d’imaginer que cette merveille vénitienne fut tellement défigurée il y a à peine 15 ans par les bombardements du conflit yougoslave. Pour se convaincre, s’il le fallait, de l’absurdité de la guerre, il suffit de passer un instant dans la chambre du souvenir des combattants de Dubrovnik (Spomen soba Dubrovnackih branitelja) où les portraits des jeunes hommes morts au combat interrogent avec insistance le visiteur. Un défilé de clichés de la ville profanée par les bombes et la violence ne peut que serrer le cœur.

 

En effet, les canons, postés sur la cime du massif, visaient méthodiquement et précisément. Témoins, les impacts visibles dans la facade de la maison où je loge, dans le quartier de Gruz. Les habitants aiment se définir comme citoyen du monde d’abord, comme citoyen de la principauté libre de Dubrovnik ensuite. C’est bien leur ville qu’ils ont défendu bien plus qu’une idéologie ou un projet de nation. Francesca, ma logeuse, s’est occupée d’enfants réfugiés dans un hôtel de luxe, devenu abri de fortune. Professeur de musique, elle monta une chorale enfantine où s’unirent dans un même chant des voix croates et musulmanes. Elle se souvient de la cuisine de guerre : pâtes à l’eau de mer pour cause de coupure d’eau, mais aussi du café infâme, noyé dans le sucre mais qui restait salé. Comme les larmes versées sans fin sur son fils tué pendant la guerre.

 

 

 

Mais la ville a puisé dans ses ressources, pour renaître plus flamboyante que jamais. Elle séduit par sa magie intrinsèque, chargée d’histoires et de raffinement. A quelques mètres de la vieille ville, la plage attire aussi irréstisiblement le visiteur. Belvédère limpide et bienfaisant, la mer offre un point de vue superbe sur Raguse. Les pins parfument l’air et le Lazaret du XVI ème siècle ombre les baigneurs de la plage de Banje. Le soleil de septembre dore les peaux nues.

 

Mais c’est à la tombée du jour, maquillée d’étoiles et drapée de lumière que Raguse se révèle intime et éblouissante. La nuit est douce, la musique de Mozart s’envole du Palais des Recteurs et se met au diapason du roucoulement des fontaines. Dubitative face à cette ville de carte postale, me voilà envoûtée par tant de beautés : rencontre inopinée de la main de l’homme qui a ciselé une cité bijou, et d’un écrin naturel, montagne farouche et mer d’azur. Narquoise et indépendante, Dubrovnik séduit le visiteur et le laisse là, aux pieds de ses murs, chancelant et amoureux.

 

A vous de tomber sous le charme.

 

Par Paprika - Publié dans : Ma Croatie
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