Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /Mars /2009 22:25

C’est l’histoire d’un ministre européen qui se pose une après-midi pour une visite express, à Skopje, Macédoine. Dans la voiture, il interroge un collaborateur local : «Et elle est loin, la mer ?». Le second s’enfonce dans son siège, soudainement las, et lâche à peine ironique : «Il faudra quand même traverser une frontière… »
La Macédoine, petit pays attachant de deux millions niché au fin fond des Balkans, affronte un problème de taille : personne n’est sûr de son existence. Encore moins de sa situation géographique. Les Macédoniens en viennent à douter d’eux-même à force de voir de grands points d’interrogations claquer comme des enseignes lumineuses dans les yeux de leurs interlocuteurs. Même le nom de leur pays leur est refusé obstinément et sans scrupules par la Grèce voisine. Peut -on être sérieusement citoyen d’un pays désigné par l’acronyme FYROM ou ARYM (ancienne république yougoslave de Macédoine) ? Ethniquement mélangés comme la salade du même nom, entre Macédoniens slaves, majoritaires, et 30% de Macédoniens albanais, les deux entourés d’une constellations de petites minorités (turcs, serbes, valaques, torbèches, etc), les Macédoniens se cherchent une identité commune. Pour le moment, on l’a exhumé à grands renforts de solemnité et de mauvaise foi du fin fond de l’antiquité en la personne d’Alexandre le Grand, à la grande furie des Grecs d’ailleurs. Dernière initiative maladroite : une statue de 36 mètres du dit Alexandre serait érigée prochainement sur la place principale de Skopje.

Comme me disait fin janvier l’écrivain macédonien Luan Starova : «les petits peuples sont ceux qui se souviennent qu’ils ont été une fois grands ». Or la grandeur de la Macédoine se trouve plus simplement dans la profondeur du cœur de ses habitants. Avec un peu de bon sens, Alexandre le Grand pourrait enfin se reposer en paix.

 

Radio Kombi spécial Macédoine :

http://www.youtube.com/watch?v=PId915Ooi0Q&feature=related

 

Par Paprika - Publié dans : Chroniques de Macédoine
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Mercredi 25 février 2009 3 25 /02 /Fév /2009 10:55

Des yaourts, un litre d'huile et 100 grammes de hachis. Trois fois rien qu'il faut quand même bien payer. Dehors, on entend les crissements de toboggan des congères de glace qui déboulent des toits. La dame farfouille dans l'abysse de son sac à main. Une besace de femme forcément ça prend du temps. Les clients dans la file, patientent, bonhomme. Plus de porte-monnaie. La caissière lui propose de vider l'intérieur sur le tapis de caisse. L'argent, retors, s'est peut-être tapi dans un recoin. Les clients encouragent. Et puis un filet de voix plus loin. «On a retrouvé une pochette marron aux fruits et légumes!» Soulagement général. Tout le monde se réjouit, à se féliciter l'un l'autre d'une fin si propice.

C'est ces petites choses, anodines, pas bien remarquables, qui font ce fameux lien social, qu'à Paris, nous avons du théoriser comme on répertorie un papillon en voie de disparition. Ces choses minuscules, comme cette vieille dame qui m'attrape gaillardement le bras pour monter une marche, font la richesse des Balkans. C'est un diplomate européen qui me disait, songeur et converti, que c'était peut-être l'UE qui avait à ré-apprendre la solidarité de la région.

Radio Kombi de luxe avec distribution de Fanta et magazines trash :

http://www.youtube.com/watch?v=aiv_9SGJl_E

Par Paprika - Publié dans : Chroniques de Belgrade
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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /Fév /2009 21:06

Encore un sac à  préparer, je vais finir par ne plus les défaire. Depuis mi janvier, j’ai passé près de 64h de bus à travers les Balkans dans les odeurs de transpiration, d’étables, de saucissons à l’ail et autres courtoiseries campagnardes. Les grolles aux pieds à patiner, pataude, dans la neige, la boue et le gel. Les talons font calèche dans la soute du car. Refugiée sous la parka dans un pull en cachemire et un foulard de soie, doublée d’une écharpe laineuse, douceur et raffinement affable, même en plein courant d’air, même au petit matin. Une décoction incertaine dans un boui-boui empestant la cendre et l’ennui à observer la lente caravane d’une famille de cafards oui, mais aspergée d’un parfum qui coûte un bras. Les acrobaties des toilettes à la turc s’apprivoisent avec flegme si armée d’un bagage de parigote qui sent bon le cuir et Sèvres-Babylone. Des dessous en soie pour attendre le printemps et un improbable taxi dans un village à peine réveillé par une cariole à chevaux. Un peu de France élégante et mythique dans une palette grisâtre et glacé. Enfin un poudrier siglé pour garder prise avec le temps qui passe et que je gaspille ici à si bon escient.

Et toujours Radio Kombi :
http://www.youtube.com/watch?v=-DILKNWrNvs&feature=related


Par Paprika - Publié dans : Disgressions
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Mercredi 18 février 2009 3 18 /02 /Fév /2009 18:13

Il y a parfois en reportages des moments de pure grâce où les rencontres, les situations nous rendent meilleurs, où l’on croise des gens exceptionnels qui donnent encore plus de goût à la vie. Des moments comme ça, j’en ai vécu les quelques jours que j’ai passé en Macédoine fin janvier.
Et puis, il y a des moments « bigger than life ». Plus grand que la vie. Un concentré d’expériences en un temps éclair. Comme hier, jour anniversaire de l’indépendance du Kosovo. Drainée par l’écriture de quatre papiers, je suis partie m’aérer et avaler un morceau à Pristina, ensoleillée sous ses drapeaux bleus et jaune. Un tout petit gars, quatre ans environ, croise mon regard, sourire jusqu’aux oreilles et bonnet jusqu’aux yeux, cramponné tout fier au drapeau de son pays. Oui, désormais de son pays… Un pays tout jeune, d’un enthousiasme débordant malgré le marasme. Et cette bouille rose pleine de foi dans le futur m’a émue.

Dans la brasserie, un ami très cher que je n’ai pas vu depuis longtemps passe la porte. Autre surprise, je me retrouve à la table de deux ministres kosovars et du «Chef » lui-même. Le Chef ici, c’est le premier ministre Hashim Thaçi que j’ai déjà interviewé à deux reprises. En dehors de toutes considérations politiques, ce type a de l’allure. Mais j’ai un faible pour les têtes de pioches taciturnes. Surtout quand elles me font un clin d’œil. Jour émouvant aussi pour ce quadragénaire qui se rappelle devant une soupe qu’il y a dix ans le Kosovo encore serbe était en guerre, et lui dans les rangs de l’UCK. Un an, ce n’est rien à l’échelle d’une nation. Juste un début après tant de chemin accompli.

Une heure plus tard, dans l’enclave serbe de Gracanica, c’est un autre monde. «On vit dans un monde de fous », lâche brusquement Milan qui attend avec moi la camionnette pour Belgrade. Un pétard éclate, il en pleurerait tant les souvenirs affluent. Il est juste revenu deux jours pour enterrer la grand-mère. «Pas de travail ici », explique-t-il. 50% de Kosovars serbes et albanais sont au chômage. Dans le mini-bus, on regarde par la fenêtre en silence les signes de la fête. Une mère attire l’attention de son fils de huit ans, pour la première fois au Kosovo : «Regarde, c’est -c’était- le village de ton père ». Le petit récite son catéchisme de haine et de chagrin : «On était là bien avant les shiptars (nom péjoratif pour les Albanais), hein, Maman ? Et ils nous ont chassé, ils nous ont massacrés ». La mère acquiesce lentement, les doigts crispés à ne pas lâcher prise d’un temps qui ne reviendra plus.

De l’espoir, de la fragilité, de la force, de la joie, du désespoir, et jamais d’oubli. La vie !

Bonus : «Radio Kombi ». Ce que j’ai écouté six fois en six heures sur le chemin du retour :
http://www.youtube.com/watch?v=5QZbDDEjtwY
Par Paprika - Publié dans : chroniques du Kosovo
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Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /Jan /2009 21:39

C’est le soir de Noël. Des brasiers s’élèvent devant les églises. Les fidèles se pressent, hypnotisés de cette fascination que seul le feu génère. Le dinar atteindra jeudi son minimum historique face à l’euro (93 Rsd pour 1 Eu). La température, elle, va aussi chuter pour atteindre –12 degrés tandis que le gaz russe a cessé d’alimenter la Serbie ce matin. Les parcs sont effleurés d’une soie blanche et glacée. La Save s’est teintée de gris perle et nous ressemblons tous à des oursons patauds, emmitouflés dans nos habits de saison. Belgrade s’est apaisé dans cette qualité de silence, recueilli et joyeux, que ne peut apporter que le grand hiver.

Mais ce soir, une télé locale diffuse le show de Seka Aleksic.

http://www.youtube.com/watch?v=Fadg0-djGaw&feature=related

Joyeux Noël ...!
Par Paprika - Publié dans : Chroniques de Belgrade
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