C’est l’histoire d’un ministre européen qui se pose une après-midi pour une
visite express, à Skopje, Macédoine. Dans la voiture, il interroge un collaborateur local : «Et elle est loin, la mer ?». Le second s’enfonce dans son siège, soudainement las, et lâche
à peine ironique : «Il faudra quand même traverser une frontière… »
La Macédoine, petit pays attachant de deux millions niché au fin fond des Balkans, affronte un problème de taille : personne n’est sûr de son existence. Encore moins de sa situation
géographique. Les Macédoniens en viennent à douter d’eux-même à force de voir de grands points d’interrogations claquer comme des enseignes lumineuses dans les yeux de leurs interlocuteurs. Même
le nom de leur pays leur est refusé obstinément et sans scrupules par la Grèce voisine. Peut -on être sérieusement citoyen d’un pays désigné par l’acronyme FYROM ou ARYM (ancienne république
yougoslave de Macédoine) ? Ethniquement mélangés comme la salade du même nom, entre Macédoniens slaves, majoritaires, et 30% de Macédoniens albanais, les deux entourés d’une
constellations de petites minorités (turcs, serbes, valaques, torbèches, etc), les Macédoniens se cherchent une identité commune. Pour le moment, on l’a exhumé à grands renforts de solemnité et
de mauvaise foi du fin fond de l’antiquité en la personne d’Alexandre le Grand, à la grande furie des Grecs d’ailleurs. Dernière initiative maladroite : une statue de 36 mètres du dit
Alexandre serait érigée prochainement sur la place principale de Skopje.
Comme me disait fin janvier l’écrivain macédonien Luan Starova : «les petits peuples sont ceux qui se souviennent qu’ils ont été une fois grands ». Or la grandeur de la Macédoine se trouve plus simplement dans la profondeur du cœur de ses habitants. Avec un peu de bon sens, Alexandre le Grand pourrait enfin se reposer en paix.
Radio Kombi spécial Macédoine :
http://www.youtube.com/watch?v=PId915Ooi0Q&feature=related