Samedi 27 septembre 2008
Bouche ouverte, œil au plafond, à me faire arracher une dent hier soir chez mon dentiste belgradois, alors que des gouttes de sang tâchaient mon bavoir vert chirurgical, je me félicitais de ma fidélité depuis cinq ans à ce boucher en blouse blanche. En effet, si un jour, on retrouvait mon corps ou ce qu’il en reste dans un charnier, il suffirait de sonner chez lui pour récupérer mon dossier dentaire et ainsi faciliter mon identification. Voilà une pensée réconfortante ! !
Encore un effet bienfaisant des Balkans et de mon travail à trouver un réconfort même dans les situations inconfortables.

Désolée pour l’horrible publicité au dessus. On m’a pas demandé mon accord pour souscire aux lois du marché.
par Paprika publié dans : Chroniques de Belgrade
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Dimanche 13 juillet 2008

Les Balkans sont dangereux. Intoxicant. Une drogue. Dure, très dure qui laisse en manque dès que l’on s’en éloigne.Un poison violent qui ravage, pépère. Avec des hallucinations émerveillées d’une réalité sérieusement grise et sérieusement glauque. Je pourrais citer des noms de ces toxicos balkaniques. Je pense à lui aux yeux revolvers, à mon camarade Sugus, à ma précieuse au coquelicot. Amochés, les chéris. Très. A peine partis qu’ils parlent déjà de revenir. Obsessionnels. Avec bien sûr une envie de déguerpir d’ici à peine de retour. Forcément. Ecartelés pour toujours.

Et nous qui restons du côté fou de la barrière, nous les attendons dans la fournaise de l’été, dans cette ville aux trottoirs défoncés, dans cette région que j’ai voulu mille fois quitter et qui ce soir encore, m’a prise à la gorge. Une arrière-cour, une vieille zastava bleu fragile, un graffiti obscène et un parfum de fille abandonnée. La poussière est plus poussièreuse ici, les bus ressemblent à des chaudières motorisées et il y a plus de sortes de rakia que de valeurs démocratiques. On y est rarement triste seul, rarement heureux ensemble aussi.

Les serveurs reconnaissent les balkanicomanes, abrutis de chaleur et de destinée, et les laissent broyer du noir, des heures durant, devant un verre de gin-tonic vide. Et puis, les malheureux vont dormir d’un sommeil d’égorgé comme on dit en serbe. Et c’est  bien comme ça que l’on se sent. La tête et sa raison arrachées au loin, Dieu sait où. Mais le cœur… Le cœur reste là.

 

Ne venez pas dans les Balkans. Vous n’en partirez jamais tout à fait.

par Paprika publié dans : Chroniques de Belgrade
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Jeudi 6 mars 2008
A la faveur de la grande manifestation contre l’indépendance du Kosovo qui s’est tenue à Belgrade, je me suis faite une entorse du genou. Toute seule. Auto-suffisante, je n’ai même pas eu recours aux hooligans gouvernamentaux pour m’assommer avec une barre de fer. Je me la suis appliquée moi-même. Des collègues journalistes, eux, ont été facilement identifiés comme cibles par la police comme par les manifestants grâce à leur accréditation. La mienne était dans ma poche.
Un symptôme encore de mon ambivalence sur l’indépendance du Kosovo. J’ai du obscurément m’auto-punir comme ressortissante UE d’une indépendance que le contribuable européen qui, contrairement à Sarkozy, ne sait même pas localiser le nouvel Etat sur une carte, va sponsoriser pendant au moins 150 ans. Et je suis optimiste.
Bref qui dit entorse dit traitement, et dit canne et genouillère. Mais où trouve-t-on une canne et une genouillère à Belgrade ? A la pharmacie ? Non, trop facile. Chez le Chinois. Dans ces magasins où l’on trouve du tournevis, au jouet cassable, en passant par le rideau de douche et le rouge à lèvres fushia. Les introuvables indispensables au bien-être de l’homme contemporain.
Donc me voilà à claudiquer avec ma canne chinoise à deux euros dans les rues pluvieuses de Belgrade à imaginer un futur à la Serbie.
Les droits de l’homme ? Chez le Chinois !
La démocratie ? Chez le Chinois !
Le Kosovo ? Chez les Ouïghours, soit chez le Chinois !
L’environnement ? Chez le Chinois !
L’économie ? Chez le Chinois !
Remplaçons la mythique fourchette médiévale serbe par des baguettes ! (C’est bien connu les Serbes utilisaient déjà des fourchettes quand, piteux serfs du royaume franc, nous n’utilisions que nos doigts.)
Quant au reste de la thérapie, je fais de l’acupuncture… Chez le Chinois vous dis-je !
par Paprika publié dans : Chroniques de Belgrade
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Mercredi 5 mars 2008
«Qui gouverne la Serbie ? » Cette interrogation du quotidien Blic est pertinente. La Serbie contrairement à son emblème, un aigle blanc bicéphale, est dirigée en ce moment par trois têtes qui gouvernent alternativement selon la météo, la pression atmosphérique ou le cours du poivron. La coalition gouvernementale ne cesse d’être tiraillée entre le Parti démocrate du Président Tadic et le Parti démocrate Serbe du premier ministre Kostunica. Ce qui n’est pas pris en charge l’est par l’autre, puis pour changer, tout ça est renvoyé devant le Parlement que manipule en sous-main le Parti radical. Un bel exemple d’union sacrée nationale comme lors du Jeudi noir belgradois. Mais là où ça se gâte, c’est que pas un des trois protagonistes n’a un rôle bien défini. Le Guignol de samedi devient deux jours après le gendarme Flageolet puis par un prompt retournement de veste, Gnafron. Et dans le rôle du spectacteur et dindon de la farce l’UE et accessoirement le peuple serbe.
Car à force de mouvements d’humeur, de déclarations tonitruantes, ça tire d’un côté puis de l’autre sans que rien ne bouge. Pour le moment, la Serbie vit dans un état temporel suspendu : 1389. La bataille de Kosovo Polje et le monde entier contre eux.
Dans les chancelleries occidentales des pays qui ont reconnu l’indépendance du Kosovo, on perd doucettement patience à appeler en vain, vingt fois, trente fois les partenaires serbes qui ne prennent même pas la peine de répondre au téléphone. «Proposer l’UE aux Serbes, c’est donner à boire à un âne qui n’a pas soif et en plus qui a la rage », notait fort justement quelques mois avant le 17 février historique, un diplomate européen.
Empêtrée au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine, en proie à de la méfiance, voire à de l’indifférence dans le reste des Balkans, l’UE se doit de payer 130 ans plus tard la facture du Congrès de Berlin.
par Paprika
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Samedi 2 février 2008
Demain soir, la Serbie aura décidé de son nouveau président de la République. Je peux d'ors et déjà affirmer qu'il y a deux candidats, Tomislav Nikolic, dit "Toma", et Boris Tadic, dit "Ken" et que l'un des deux sera vainqueur. Pour le reste :
http://www.newyorker.com/humor/issuecartoons/2008/02/04/cartoons_20080128?slide=1#showHeader
par Paprika publié dans : Chroniques de Belgrade
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